Coter un risque sans inventer les chiffres
Comment noter un risque en probabilité et en impact sans que ce soit un doigt mouillé.
La plupart des registres de risques sont remplis la veille du comité et rouverts au comité suivant. Voici les quatre champs qui décident si le vôtre sert entre les deux, et la revue qui le fait tenir.
Un registre des risques se reconnaît à sa date de dernière modification. Elle tombe la veille du comité précédent. La ligne la plus ancienne dit encore « traitement en cours » depuis huit mois, et personne ne sait qui l'a écrite.
Ce n'est pas de la négligence. C'est ce qui arrive à un document dont la fonction réelle est de prouver qu'on gère, et non de décider quoi faire. Le test est simple, et il est sévère. Quelqu'un a-t-il changé son comportement ce mois-ci à cause d'une ligne de ce registre ? Si la réponse est non, le fichier existe mais le dispositif n'existe pas.
Nous avons passé des mois à construire un registre des risques dans un logiciel de gestion de projet. Écrire un registre dans du code oblige à trancher ce qu'un tableur laisse flou. Quatre champs, et pas un de plus, décident si une ligne sert à quelque chose. Les voici.
Regardez les lignes d'un registre qui ne sert pas. Elles se ressemblent toutes. « Risque de retard fournisseur ». « Manque de ressources ». « Adhésion des utilisateurs ». Trois ou quatre mots, une couleur, une case « traitement » qui répète le titre.
Aucune de ces lignes n'est actionnable, et pour une raison précise : on ne peut pas savoir si elles se produisent. Il n'existe aucun moment où quelqu'un peut dire « voilà, c'est en train d'arriver ». Alors on attend. Et un jour ce n'est plus un risque, c'est un problème, et on le découvre par le retard qu'il a déjà causé.
Une ligne utile porte quatre choses, et il en faut quatre. L'énoncé, la cotation, la réponse, le signe d'alerte. Retirez-en une et la ligne redevient décorative.
« Retard fournisseur » n'est pas un risque. C'est une inquiétude. Un risque s'écrit en trois temps, et l'ordre compte.
Parce que le fournisseur du variateur n'a qu'une ligne d'assemblage et qu'elle tourne déjà à pleine charge jusqu'en février,
il se peut que la livraison arrive après la date annoncée,
ce qui décalerait le montage en atelier et ferait glisser la mise en service au-delà du jalon contractuel de fin mars.
Ce format n'est pas un formalisme de PMO. Il fait trois choses à la fois.
La cause dit où agir. On n'agit jamais sur un événement incertain. On agit sur ce qui le rend probable. Ici, la ligne d'assemblage saturée. Une réponse qui ne touche pas la cause ne réduit pas la probabilité, elle rassure le comité.
L'effet dit combien la réponse mérite de coûter. Un décalage de jalon contractuel se chiffre. Une inquiétude, non. Sans effet écrit, toute discussion sur le coût d'une réponse tourne à l'opinion.
Et les trois temps rendent la ligne relisible. Six mois plus tard, une personne qui n'était pas dans la salle comprend ce qui a été craint et pourquoi. C'est rare, et c'est précieux le jour où l'équipe change.
C'est pour cela que la fiche de risque de Plannava porte la menace en trois champs séparés, et non dans une zone de texte libre. Une zone libre se remplit en trois mots. Et trois mots ne se cotent pas.
Écrire en trois temps demande un effort, et c'est ce qui pousse à partir d'une liste toute faite. Ce qu'une liste peut écrire à votre place, et ce qu'elle doit laisser à l'équipe, se lit ici : le catalogue de risques, et le moment où il devient un formulaire.
Coter un risque, c'est lui donner deux notes : la probabilité qu'il survienne et l'ampleur de son effet. Le piège tient en une phrase. Si l'échelle est ouverte, chacun note avec sa règle intérieure, et la matrice ne compare plus rien.
Un chef de projet prudent met 7 sur 10 là où son collègue met 4, sur le même risque, le même jour. Les deux ont raison dans leur tête. La matrice, elle, est devenue une œuvre collective sans auteur.
Une échelle fermée a quatre ou cinq niveaux, et chaque niveau porte une définition écrite. « Probable » ne veut rien dire. « Probable : nous l'avons vu se produire sur au moins un projet comparable au cours des deux dernières années » veut dire quelque chose, et deux personnes qui ne se connaissent pas cotent pareil.
Le reste du sujet demande son propre article : les deux matrices, brute puis à la cible, ce qu'on voit en les affichant l'une après l'autre, et un exemple entièrement chiffré. C'est ici : coter un risque sans inventer les chiffres.
Une ligne de registre sans réponse est une plainte bien rangée. Il existe quatre familles de réponses, et le choix entre elles n'est pas une question de tempérament. C'est une question de coût comparé.
La règle qui fâche, et qui trie les registres vivants des registres morts : une réponse sans porteur nommé et sans date n'est pas une réponse, c'est une intention. « Sensibiliser les équipes » n'a ni porteur ni date. « Marc obtient du fournisseur un créneau d'assemblage réservé, engagement écrit avant le 15 novembre » en a deux.
Les quatre stratégies, les cas où chacune est la bonne, et la mise en regard du coût de la réponse avec le coût du risque sont traités ici : éviter, réduire, transférer, accepter.
C'est le champ que presque aucun registre ne porte, et c'est celui qui décide de tout le reste. Surveiller un risque ne veut pas dire le relire au comité suivant. Cela veut dire avoir écrit à l'avance ce qu'on verra quand il commencera à se produire, et qui regarde.
Sur notre exemple : « le fournisseur ne confirme pas le créneau d'assemblage à la relance du 30 octobre ». C'est observable. C'est daté. La réponse est oui ou non, sans débat. Ce jour-là, on sait, et on a encore le temps d'agir.
Sans ce champ, un registre est une liste de regrets futurs. Le sujet mérite son article, parce que c'est le moins écrit de tous : le signe d'alerte.
ISO 31000 revient souvent dans les documents de gouvernance, et souvent de travers. Deux faits, relevés sur la fiche de la norme au catalogue de l'ISO.
Son titre exact est ISO 31000:2018, Management du risque, Lignes directrices. Elle a été publiée le 14 février 2018, en deuxième édition, et l'ISO la donne comme en vigueur.
Surtout, l'ISO écrit que cette norme fournit des lignes directrices de bonne pratique mais qu'elle n'est pas une norme de management du risque certifiable. Personne n'est donc « certifié ISO 31000 ». La norme précise en revanche qu'elle peut servir de référence à un programme d'audit interne ou externe. La nuance n'est pas académique : elle change ce qu'un fournisseur a le droit d'afficher.
La source. Fiche de la norme au catalogue de l'ISO, consultée le 23 septembre 2026. ISO 31000:2018, Risk management, Guidelines.
Ce qui suit dans cet article ne vient pas d'ISO 31000. Cela vient de ce qu'il a fallu trancher pour écrire un registre qui fonctionne dans un produit. Les deux ne se contredisent pas, mais nous ne mettons pas notre pratique sous l'autorité d'un texte que nous n'avons pas écrit.
Le dispositif meurt toujours au même endroit : la revue. Trois propriétés la font tenir.
Un rythme fixe, et rapproché. Mensuel sur un projet de plus de six mois. Toutes les deux semaines en dessous. Le trimestre laisse largement le temps à un risque de devenir un problème entre deux séances.
Une revue qui ne relit pas tout. Relire quarante lignes prend une heure et ne produit rien. On ouvre trois piles : les risques dont le signe d'alerte s'est déclenché, ceux dont une action de réponse arrive à échéance, et les nouveaux. Le reste attend. Un registre qui se lit en entier à chaque fois ne se lit bientôt plus du tout.
Une sortie en décisions, pas en couleurs. Une revue produit des actions avec un nom et une date, des cotations qui bougent avec le motif du changement, et des risques clos avec la raison de la clôture. Un risque clos parce qu'il ne peut plus se produire est une bonne nouvelle. Un risque clos parce qu'il est survenu est un problème, et il change de registre.
C'est cette mécanique que le registre de Plannava rend visible par ses cinq lectures : la liste groupée, la matrice brute puis à la cible, la tendance, l'évolution après revue, et les risques clos. La quatrième est celle qu'on regarde le moins, et c'est la seule qui dise si le traitement produit quelque chose.
Une dernière chose, qu'on apprend en faisant. Un registre trop long ne se tient pas. Sur la plupart des projets, une quinzaine de risques réellement suivis valent mieux que soixante lignes exhaustives. L'exhaustivité est un objectif d'audit. Le vôtre est de ne pas être surpris.
Ce pilier reste du côté du registre. Il ne traite ni des liens entre tâches ni du chemin critique, qui fabriquent pourtant une bonne part des risques d'un planning. Cela se lit dans la planification prédictive. Il ne traite pas non plus des opportunités, qui suivent la même mécanique en sens inverse, avec un gain chiffré à la place d'un effet redouté. Elles ont leur article : l'opportunité, le risque que personne ne gère.
Cinq lectures du même registre, la menace en trois temps, le signe d'alerte et le plan de réponse daté sur chaque fiche, et un catalogue de deux cent douze fiches types, cent quarante-quatre menaces et soixante-huit opportunités, qui propose des risques à partir des mots de votre planning.
Voir le registre en vidéoL'équipe Plannava. Nous écrivons ce que construire Plannava nous a appris. Une question, une objection, une erreur repérée dans ce texte : écrivez-nous, et nous corrigeons.
Comment noter un risque en probabilité et en impact sans que ce soit un doigt mouillé.
Le risque est écrit et coté. Maintenant, qu'est-ce qu'on en fait, et à quel prix.
Comment savoir qu'un risque est en train de se produire, avant qu'il soit devenu un problème.
Quelle différence, concrètement, et ce qu'on fait de la ligne le jour de la bascule.
Faut-il partir d'une liste de risques toute faite, et où s'arrête ce qu'elle a le droit de remplir.
Pourquoi votre registre ne contient que des menaces, et ce qu'il faut écrire pour qu'une opportunité s'y tienne.
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