Gestion des risques

Tenir un registre des risques qui serve à quelque chose.

La plupart des registres de risques sont remplis la veille du comité et rouverts au comité suivant. Voici les quatre champs qui décident si le vôtre sert entre les deux, et la revue qui le fait tenir.

L'équipe Plannava8 min de lecture

Un registre des risques se reconnaît à sa date de dernière modification. Elle tombe la veille du comité précédent. La ligne la plus ancienne dit encore « traitement en cours » depuis huit mois, et personne ne sait qui l'a écrite.

Ce n'est pas de la négligence. C'est ce qui arrive à un document dont la fonction réelle est de prouver qu'on gère, et non de décider quoi faire. Le test est simple, et il est sévère. Quelqu'un a-t-il changé son comportement ce mois-ci à cause d'une ligne de ce registre ? Si la réponse est non, le fichier existe mais le dispositif n'existe pas.

Nous avons passé des mois à construire un registre des risques dans un logiciel de gestion de projet. Écrire un registre dans du code oblige à trancher ce qu'un tableur laisse flou. Quatre champs, et pas un de plus, décident si une ligne sert à quelque chose. Les voici.

Le registre qu'on remplit la veille du comité

Regardez les lignes d'un registre qui ne sert pas. Elles se ressemblent toutes. « Risque de retard fournisseur ». « Manque de ressources ». « Adhésion des utilisateurs ». Trois ou quatre mots, une couleur, une case « traitement » qui répète le titre.

Aucune de ces lignes n'est actionnable, et pour une raison précise : on ne peut pas savoir si elles se produisent. Il n'existe aucun moment où quelqu'un peut dire « voilà, c'est en train d'arriver ». Alors on attend. Et un jour ce n'est plus un risque, c'est un problème, et on le découvre par le retard qu'il a déjà causé.

Une ligne utile porte quatre choses, et il en faut quatre. L'énoncé, la cotation, la réponse, le signe d'alerte. Retirez-en une et la ligne redevient décorative.

Les quatre champs d'une ligne de registre des risquesQuatre blocs enchaînés. L'énoncé, en cause, événement et effet, sans lequel rien ne se cote. La cotation, en probabilité et impact, sans laquelle rien ne se trie. La réponse, avec un nom, un verbe et une date, sans laquelle la ligne est une plainte. Et le signe d'alerte, observable et daté, sans lequel on attend.L'ÉNONCÉ
cause, événement, effet
sans lui, rien ne se cote
LA COTATION
probabilité et impact
sans elle, rien ne se trie
LA RÉPONSE
un nom, un verbe, une date
sans elle, c'est une plainte
LE SIGNE D'ALERTE
observable, daté
sans lui, on attend
Retirez-en un et la ligne redevient décorative. C'est ce que dit la ligne du bas de chaque bloc, et c'est pour cela qu'ils sont enchaînés : la cotation n'existe pas sans énoncé, la réponse ne se juge pas sans cotation, et le signe d'alerte est ce qui dit quand déclencher la réponse.

Écrire le risque en trois temps

« Retard fournisseur » n'est pas un risque. C'est une inquiétude. Un risque s'écrit en trois temps, et l'ordre compte.

  • La cause. Un fait présent, vérifiable aujourd'hui par quelqu'un d'autre que vous.
  • L'événement. Ce qui est incertain, et qui peut se produire ou non.
  • L'effet. Ce que cela fait au projet, dit en délai, en argent, en périmètre ou en qualité.
Le même risque, écrit correctement

Parce que le fournisseur du variateur n'a qu'une ligne d'assemblage et qu'elle tourne déjà à pleine charge jusqu'en février,

il se peut que la livraison arrive après la date annoncée,

ce qui décalerait le montage en atelier et ferait glisser la mise en service au-delà du jalon contractuel de fin mars.

Ce format n'est pas un formalisme de PMO. Il fait trois choses à la fois.

La cause dit où agir. On n'agit jamais sur un événement incertain. On agit sur ce qui le rend probable. Ici, la ligne d'assemblage saturée. Une réponse qui ne touche pas la cause ne réduit pas la probabilité, elle rassure le comité.

L'effet dit combien la réponse mérite de coûter. Un décalage de jalon contractuel se chiffre. Une inquiétude, non. Sans effet écrit, toute discussion sur le coût d'une réponse tourne à l'opinion.

Et les trois temps rendent la ligne relisible. Six mois plus tard, une personne qui n'était pas dans la salle comprend ce qui a été craint et pourquoi. C'est rare, et c'est précieux le jour où l'équipe change.

C'est pour cela que la fiche de risque de Plannava porte la menace en trois champs séparés, et non dans une zone de texte libre. Une zone libre se remplit en trois mots. Et trois mots ne se cotent pas.

Écrire en trois temps demande un effort, et c'est ce qui pousse à partir d'une liste toute faite. Ce qu'une liste peut écrire à votre place, et ce qu'elle doit laisser à l'équipe, se lit ici : le catalogue de risques, et le moment où il devient un formulaire.

Un risque écrit en trois tempsTrois blocs enchaînés. Parce que, un fait présent et vérifiable aujourd'hui : la ligne d'assemblage du fournisseur est saturée jusqu'en février. Il se peut que, l'événement incertain : la livraison arrive après la date annoncée. Ce qui, l'effet : la mise en service glisserait au-delà du jalon de fin mars.PARCE QUE
un fait présent, vérifiable aujourd'hui
la ligne d'assemblage du fournisseur est saturée jusqu'en février
IL SE PEUT QUE
l'événement, et lui seul est incertain
la livraison arrive après la date annoncée
CE QUI
l'effet, dit en délai, coût, périmètre ou qualité
ferait glisser la mise en service au-delà du jalon de fin mars
On agit sur la CAUSE, jamais sur l'événement. Et l'EFFET dit combien la réponse mérite de coûter.
Regardez la couleur des trois points : seul celui du milieu est incertain. À gauche, un fait présent que quelqu'un d'autre peut aller vérifier. À droite, ce que ça coûterait. Le doute ne vit qu'au centre, et c'est lui seul qui se cote.

Coter, et pourquoi l'échelle doit être fermée

Coter un risque, c'est lui donner deux notes : la probabilité qu'il survienne et l'ampleur de son effet. Le piège tient en une phrase. Si l'échelle est ouverte, chacun note avec sa règle intérieure, et la matrice ne compare plus rien.

Un chef de projet prudent met 7 sur 10 là où son collègue met 4, sur le même risque, le même jour. Les deux ont raison dans leur tête. La matrice, elle, est devenue une œuvre collective sans auteur.

Une échelle fermée a quatre ou cinq niveaux, et chaque niveau porte une définition écrite. « Probable » ne veut rien dire. « Probable : nous l'avons vu se produire sur au moins un projet comparable au cours des deux dernières années » veut dire quelque chose, et deux personnes qui ne se connaissent pas cotent pareil.

Le reste du sujet demande son propre article : les deux matrices, brute puis à la cible, ce qu'on voit en les affichant l'une après l'autre, et un exemple entièrement chiffré. C'est ici : coter un risque sans inventer les chiffres.

La matrice des risques de Plannava, quatre niveaux de probabilité et quatre niveaux d'impact, avec les risques rangés dans leurs cases.
Lisez la ligne au-dessus de la matrice : « matrice 4×4 ». Quatre niveaux de probabilité, quatre d'impact, et pas un de plus. C'est une échelle fermée, et c'est ce qui fait que deux personnes qui ne se connaissent pas rangent le même risque dans la même case.

Répondre, avec un porteur et une date

Une ligne de registre sans réponse est une plainte bien rangée. Il existe quatre familles de réponses, et le choix entre elles n'est pas une question de tempérament. C'est une question de coût comparé.

La règle qui fâche, et qui trie les registres vivants des registres morts : une réponse sans porteur nommé et sans date n'est pas une réponse, c'est une intention. « Sensibiliser les équipes » n'a ni porteur ni date. « Marc obtient du fournisseur un créneau d'assemblage réservé, engagement écrit avant le 15 novembre » en a deux.

Les quatre stratégies, les cas où chacune est la bonne, et la mise en regard du coût de la réponse avec le coût du risque sont traités ici : éviter, réduire, transférer, accepter.

Une intention et une réponse, côte à côteEn haut, ce qu'on lit d'ordinaire : sécuriser l'approvisionnement du variateur. Ni vérifiable ni ratable. En bas, la même chose en réponse : Marc obtient un créneau d'assemblage réservé, par écrit, avant le 15 novembre. Trois choses sont soulignées : un nom, un verbe dont on constate l'accomplissement de l'extérieur, et une date.Ce qu'on lit dans la case « traitement »Sécuriser l'approvisionnement du variateur auprès du fournisseur.Ni vérifiable, ni ratable. Personne ne saura jamais si c'est fait.Ce qui en fait une réponseMarc obtient un créneau d'assemblage réservé, par écrit, avant le 15 novembre.un nomun verbe qu'on constate du dehorsune date
Les trois soulignements sont tout ce qui sépare les deux phrases. La première ne peut être ni vérifiée ni ratée, donc personne ne saura jamais si elle a été faite. La seconde, si.

Surveiller, c'est écrire le signe d'alerte

C'est le champ que presque aucun registre ne porte, et c'est celui qui décide de tout le reste. Surveiller un risque ne veut pas dire le relire au comité suivant. Cela veut dire avoir écrit à l'avance ce qu'on verra quand il commencera à se produire, et qui regarde.

Sur notre exemple : « le fournisseur ne confirme pas le créneau d'assemblage à la relance du 30 octobre ». C'est observable. C'est daté. La réponse est oui ou non, sans débat. Ce jour-là, on sait, et on a encore le temps d'agir.

Sans ce champ, un registre est une liste de regrets futurs. Le sujet mérite son article, parce que c'est le moins écrit de tous : le signe d'alerte.

Une fiche de risque de Plannava, avec son énoncé en trois temps, sa stratégie proposée, son signe d'alerte et son plan de réponse.
Le bloc « LE SIGNE QUI ALERTE » dit : la marge avant expédition inférieure à un mois avec des essais restants. C'est mesurable, la réponse est oui ou non, et personne n'a besoin d'être dans la salle pour la donner. Et juste au-dessus, la menace est écrite en trois temps, « Parce que… il se peut que… ce qui… », exactement comme la section précédente le demande.

Ce que la norme ISO 31000 dit, et ce qu'elle ne dit pas

ISO 31000 revient souvent dans les documents de gouvernance, et souvent de travers. Deux faits, relevés sur la fiche de la norme au catalogue de l'ISO.

Son titre exact est ISO 31000:2018, Management du risque, Lignes directrices. Elle a été publiée le 14 février 2018, en deuxième édition, et l'ISO la donne comme en vigueur.

Surtout, l'ISO écrit que cette norme fournit des lignes directrices de bonne pratique mais qu'elle n'est pas une norme de management du risque certifiable. Personne n'est donc « certifié ISO 31000 ». La norme précise en revanche qu'elle peut servir de référence à un programme d'audit interne ou externe. La nuance n'est pas académique : elle change ce qu'un fournisseur a le droit d'afficher.

La source. Fiche de la norme au catalogue de l'ISO, consultée le 23 septembre 2026. ISO 31000:2018, Risk management, Guidelines.

Ce qui suit dans cet article ne vient pas d'ISO 31000. Cela vient de ce qu'il a fallu trancher pour écrire un registre qui fonctionne dans un produit. Les deux ne se contredisent pas, mais nous ne mettons pas notre pratique sous l'autorité d'un texte que nous n'avons pas écrit.

La revue qui tient dans la durée

Le dispositif meurt toujours au même endroit : la revue. Trois propriétés la font tenir.

Un rythme fixe, et rapproché. Mensuel sur un projet de plus de six mois. Toutes les deux semaines en dessous. Le trimestre laisse largement le temps à un risque de devenir un problème entre deux séances.

Une revue qui ne relit pas tout. Relire quarante lignes prend une heure et ne produit rien. On ouvre trois piles : les risques dont le signe d'alerte s'est déclenché, ceux dont une action de réponse arrive à échéance, et les nouveaux. Le reste attend. Un registre qui se lit en entier à chaque fois ne se lit bientôt plus du tout.

Une sortie en décisions, pas en couleurs. Une revue produit des actions avec un nom et une date, des cotations qui bougent avec le motif du changement, et des risques clos avec la raison de la clôture. Un risque clos parce qu'il ne peut plus se produire est une bonne nouvelle. Un risque clos parce qu'il est survenu est un problème, et il change de registre.

C'est cette mécanique que le registre de Plannava rend visible par ses cinq lectures : la liste groupée, la matrice brute puis à la cible, la tendance, l'évolution après revue, et les risques clos. La quatrième est celle qu'on regarde le moins, et c'est la seule qui dise si le traitement produit quelque chose.

Une dernière chose, qu'on apprend en faisant. Un registre trop long ne se tient pas. Sur la plupart des projets, une quinzaine de risques réellement suivis valent mieux que soixante lignes exhaustives. L'exhaustivité est un objectif d'audit. Le vôtre est de ne pas être surpris.

Ce que cet article ne traite pas

Ce pilier reste du côté du registre. Il ne traite ni des liens entre tâches ni du chemin critique, qui fabriquent pourtant une bonne part des risques d'un planning. Cela se lit dans la planification prédictive. Il ne traite pas non plus des opportunités, qui suivent la même mécanique en sens inverse, avec un gain chiffré à la place d'un effet redouté. Elles ont leur article : l'opportunité, le risque que personne ne gère.

Le registre des risques de Plannava

Cinq lectures du même registre, la menace en trois temps, le signe d'alerte et le plan de réponse daté sur chaque fiche, et un catalogue de deux cent douze fiches types, cent quarante-quatre menaces et soixante-huit opportunités, qui propose des risques à partir des mots de votre planning.

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