Tenir un registre des risques qui serve à quelque chose
Comment tenir un registre qui serve à quelque chose, au lieu d'un fichier qu'on remplit avant le comité et qu'on ne rouvre jamais.
Un registre des risques dit ce qu'on craint et ce qu'on ferait. Il ne dit presque jamais à quoi on verra que c'est en train d'arriver. C'est le champ qui manque, et c'est celui qui décide de tous les autres.
Ouvrez n'importe quel registre des risques. Vous y trouverez un énoncé, deux notes, une couleur, et une case de traitement. Vous n'y trouverez presque jamais la seule chose qui fasse la différence entre un risque géré et un risque subi : ce qu'on verra quand il commencera à se produire.
Sans ce champ, la mécanique est incomplète. On a écrit ce qu'on craint, on a écrit ce qu'on ferait, et on n'a rien écrit sur le moment où il faudra le faire. Alors on attend. Et on découvre le risque au moment où il n'en est plus un.
La revue trimestrielle a une vertu : elle empêche l'oubli complet. Elle a une limite qu'on sous-estime : elle constate, elle n'avertit pas. Entre deux séances, il s'est écoulé treize semaines pendant lesquelles quelque chose a pu se mettre en route, se confirmer, devenir irréversible.
Quand le registre est rouvert, la question posée est « où en est-on ? ». C'est une question de constat. La question de la surveillance est différente et elle est antérieure : « est-ce que ce que nous avions dit que nous verrions est arrivé ? » Elle ne demande pas de jugement, elle demande un oui ou un non. Et elle peut se poser en trente secondes, n'importe quel jour, par n'importe qui.
C'est la différence entre un registre qui fonctionne et un registre qui documente.
Un signe d'alerte est un fait observable, daté, dont la réponse est oui ou non, qui se produit avant l'événement redouté, et avec assez d'avance pour qu'on puisse encore agir.
Chaque mot de cette phrase élimine une erreur courante.
Notez ce qu'un signe d'alerte n'est pas. Ce n'est pas un indicateur de pilotage. Un tableau de bord vous dit où vous en êtes sur tout. Un signe d'alerte ne parle que d'un risque, et il ne sert qu'à déclencher une action déjà écrite.
Il existe une règle, une seule, et elle se vérifie en une soustraction.
L'avance donnée par le signe doit être supérieure au temps qu'il faut pour exécuter la réponse.
Reprenons le fournisseur du variateur. La réponse de repli est la qualification d'un second fournisseur, et elle demande quatre semaines : demande de devis, échantillon, contrôle, commande. Un signe d'alerte qui se déclenche trois semaines avant la date de livraison ne sert donc à rien. Il informe d'un mur qu'on ne peut plus éviter.
Le bon signe se place au moins quatre semaines avant, et il faut le chercher là : « le fournisseur n'a pas confirmé par écrit le créneau d'assemblage à la relance du 30 octobre ». On perd en certitude, parce qu'une absence de confirmation ne veut pas dire qu'il y aura retard. On gagne le seul chose qui compte, la possibilité d'agir.
Cette règle a une conséquence que les registres n'affichent jamais et qui mériterait de l'être. Le signe d'alerte et la réponse se dessinent ensemble. Changez la réponse, le délai change, donc le signe change. Écrire l'un sans l'autre produit à coup sûr une alerte qui arrive trop tard, ou une réponse qui ne se déclenche jamais.
Posez-les sur chaque signe d'alerte de votre registre. Trois oui, il tient. Un non, il est à réécrire.
1. Quelqu'un d'autre que moi peut-il répondre oui ou non, sans discussion ? Si la réponse dépend de votre lecture de la situation, le signe n'est pas transmissible. Il disparaîtra le jour où vous changerez de projet.
2. Ai-je encore le temps d'exécuter la réponse après son déclenchement ? C'est la soustraction de la section précédente. Faites-la vraiment, avec des jours.
3. Quelqu'un le regardera-t-il, à une date connue, sans qu'on le lui rappelle ? Un signe qui n'est accroché à aucun rendez-vous existant ne sera pas regardé. Ce n'est pas un problème de sérieux, c'est un problème de mécanique.
Les mauvais ne sont pas des caricatures. Ce sont ceux qu'on écrit de bonne foi, quand on remplit le champ à la fin d'une réunion.
| Ce qui ne se déclenchera jamais | Ce qui se déclenche |
|---|---|
| Le fournisseur semble en difficulté. | Le fournisseur n'a pas confirmé par écrit le créneau d'assemblage à la relance du 30 octobre. |
| L'équipe montre des signes de fatigue. | Plus de deux personnes de l'équipe recette ont posé leur démission ou changé d'affectation depuis le 1er septembre. |
| Le climat avec le client se dégrade. | Le responsable de recette n'est toujours pas nommé par écrit à la revue de projet du 5 novembre. |
| Le périmètre a tendance à s'élargir. | Plus de cinq demandes de modification ont été enregistrées sur un mois glissant, contre une ou deux les mois précédents. |
| La qualité des livraisons se dégrade. | Le nombre d'anomalies rouvertes après correction dépasse trois, deux semaines de suite. |
| Le planning est tendu. | La marge totale sur le jalon de recette est passée sous dix jours ouvrés au recalcul hebdomadaire. |
Regardez la dernière ligne. Elle est intéressante parce qu'elle ne demande aucun travail humain : la marge est calculée par le moteur de planification à chaque recalcul. Ce sont les meilleurs signes d'alerte, ceux que l'outil produit tout seul. Il y en a moins qu'on ne croit, mais quand il y en a, il faut les prendre.
Il arrive qu'on sèche. Trois endroits donnent presque toujours quelque chose.
Dans la cause. Un risque bien écrit commence par une cause, qui est un fait présent. Le signe d'alerte est l'étape suivante de cette cause. Si la cause est « la ligne d'assemblage est saturée jusqu'en février », l'étape suivante observable est le refus ou l'absence d'engagement sur un créneau. La cause vous donne le signe presque mécaniquement, et c'est une raison de plus d'écrire le risque en trois temps.
Dans la dernière fois. La plupart des risques d'un projet sont déjà arrivés ailleurs. Demandez à ceux qui l'ont vécu ce qu'ils ont remarqué en premier, avant de comprendre. La réponse est souvent très concrète, et souvent très en amont.
Dans le calendrier de quelqu'un d'autre. Beaucoup de risques dépendent d'une décision qui se prend ailleurs : une nomination, un vote de budget, une confirmation de commande, la fin d'un préavis. Ces décisions ont des dates. Ces dates font d'excellents signes d'alerte, parce que le jour venu il n'y a rien à interpréter.
Un signe d'alerte a un porteur, exactement comme une réponse. Une personne, pas un service.
Et il doit s'accrocher à un rendez-vous qui existe déjà. Le point hebdomadaire de l'équipe, la mise à jour du planning, la réunion de chantier. Un signe d'alerte qui demande de créer un nouveau rituel ne survivra pas trois mois. Nous n'avons jamais vu d'exception à cela.
La fréquence de surveillance se déduit, elle aussi, de l'avance. Si le signe doit être repéré au moins quatre semaines avant, et qu'on ne le regarde qu'une fois par mois, vous pouvez le découvrir avec quatre semaines de retard sur votre propre alerte. Regardez deux fois plus souvent que l'avance exigée, et le compte est bon.
C'est le moment où tout se joue, et c'est le moment que personne ne prépare.
Un signe d'alerte qui se déclenche et qui provoque une discussion sur la gravité de la situation a échoué. Le temps gagné part dans le débat. Ce qui se passe doit être écrit à l'avance, sur la même fiche, et se limiter à l'une de ces trois phrases.
Notez le détail qui compte : dans les trois cas, la décision de ce qu'on fera a été prise avant. C'est toute l'utilité du dispositif. Le jour du déclenchement, on est rarement au calme, et on est rarement au complet.
Il en existe, et il faut le dire, parce que l'alternative est de remplir le champ avec quelque chose de faux.
Certains événements n'annoncent rien. Un sinistre, une panne franche, une démission décidée un matin, une décision réglementaire publiée sans préavis. Chercher un signe précurseur à ces événements produit des phrases creuses, du genre « surveillance de la situation du marché ».
Pour ceux-là, la réponse honnête est ailleurs : une réserve, un plan de repli prêt, une redondance. C'est-à-dire une réduction d'impact, puisqu'on ne peut agir ni sur la probabilité ni sur le délai de détection. Écrivez « pas de signe précurseur identifié » et expliquez pourquoi. C'est une information utile pour la revue, et c'est plus honnête qu'un champ rempli.
Cela reste une petite minorité. Sur les registres que nous avons regardés, la grande majorité des lignes avaient un signe d'alerte trouvable. Ce qui manquait n'était pas le signe, c'était le champ pour l'écrire. C'est pour cette raison que la fiche de risque de Plannava le porte à côté du plan de réponse, et non dans un commentaire libre en bas de page.
Cet article ne traite pas de la cotation, qui se lit dans coter un risque, ni du choix de la réponse qu'un signe déclenche, qui est le sujet des quatre stratégies. Il ne dit pas non plus ce qu'il faut faire quand le signe n'a pas été vu et que l'événement est survenu : à ce moment-là, la ligne change de nature, et ce n'est plus un risque.
Dans Plannava, chaque fiche de risque porte sa menace en trois temps, son signe d'alerte et son plan de réponse daté. Les trois se lisent ensemble, parce qu'ils se répondent.
Voir le registre en vidéoL'équipe Plannava. Nous écrivons ce que construire Plannava nous a appris. Une question, une objection, une erreur repérée dans ce texte : écrivez-nous, et nous corrigeons.
Comment tenir un registre qui serve à quelque chose, au lieu d'un fichier qu'on remplit avant le comité et qu'on ne rouvre jamais.
Quelle différence, concrètement, et ce qu'on fait de la ligne le jour de la bascule.
Le risque est écrit et coté. Maintenant, qu'est-ce qu'on en fait, et à quel prix.
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