Gestion des risques

Risque ou problème : la confusion qui coûte le plus cher.

Les deux mots circulent dans la même réunion et désignent deux objets qui ne se gèrent pas pareil. La frontière est nette une seule seconde par risque, et cette seconde passe souvent inaperçue.

L'équipe Plannava5 min de lecture

Les deux mots circulent dans la même réunion et désignent deux objets qui ne se gèrent pas pareil, ne se cotent pas pareil et ne remontent pas pareil. La confusion ne vient pas d'un manque de rigueur. Elle vient de ce que la frontière est nette une seule seconde par risque, et que cette seconde passe souvent inaperçue.

Le test, en une phrase

L'événement s'est-il produit ?

Non : c'est un risque. Il a une probabilité, un impact, une réponse et un signe d'alerte. Il vit dans le registre des risques.

Oui : c'est un problème. Il n'a plus de probabilité, parce qu'une chose arrivée est arrivée à cent pour cent. Il a un effet qu'on mesure, un traitement, un responsable et une échéance. Il vit dans le journal des problèmes, ou dans le plan d'actions.

Tout le reste découle de là. Un risque est incertain, donc il se cote. Un problème est certain, donc il se chiffre. On ne cote pas ce qui est arrivé, et on ne chiffre pas ce qui n'est pas arrivé.

La frontière entre un risque et un problèmeUne ligne de temps coupée en deux par le moment où l'événement se produit. À gauche, le risque : incertain, il se cote en probabilité et en impact, il porte une réponse et un signe d'alerte, et il vit dans le registre des risques. À droite, le problème : certain, il se chiffre en effet mesuré, il porte un traitement, un responsable et une échéance, et il vit dans le journal des problèmes.l'événement se produitRISQUEIl est incertain, donc il se cote.Probabilité, impact, réponse, signe d'alerte.Il vit dans le registre des risques.PROBLÈMEIl est certain, donc il se chiffre.Effet mesuré, traitement, responsable, échéance.Il vit dans le journal des problèmes.l'incertitude s'éteint ici, et la probabilité avec ellele temps
La frontière est l'incertitude, pas la gravité. À gauche du trait, l'événement peut encore ne pas se produire, et c'est ce doute qui se cote. À droite, il n'y a plus rien à coter : la probabilité vaut cent pour cent, et tout ce qui reste à faire est de mesurer l'effet.

Un problème rangé dans les risques

C'est le sens le plus fréquent de la confusion, et le plus coûteux.

Trois choses se produisent, toutes les trois mauvaises.

Il attend la revue. Un registre des risques se relit à un rythme, mensuel au mieux. Un problème se traite le jour où il est connu. Ranger le second dans le premier lui fait perdre le seul temps dont il dispose.

Il reçoit une probabilité, ce qui est absurde. Comme il est déjà arrivé, la probabilité monte au maximum, la criticité explose, et il se retrouve tout en haut de la matrice. Il écrase visuellement les risques réels, qui sont pourtant les seuls sur lesquels on puisse encore agir en amont.

Il déforme la lecture du registre. Une matrice dont le coin critique est occupé par des choses déjà survenues ne sert plus à arbitrer. C'est le début de la fin d'un registre : on cesse de le regarder parce qu'il ne parle plus de l'avenir.

La matrice des risques de Plannava, quatre niveaux de probabilité et quatre niveaux d'impact, avec les risques rangés dans leurs cases.
Regardez le coin en haut à droite. C'est la place des risques sur lesquels il est encore temps d'agir en amont. Un problème rangé ici y monte mécaniquement, puisque sa probabilité est au maximum, et il chasse de l'oeil ceux que la matrice servait à trier.

Un risque rangé dans les problèmes

Plus rare, et plus discret, ce qui le rend traître.

Le risque entre dans un plan d'actions avec un responsable et une date, ce qui ressemble à du sérieux. Il y perd trois choses d'un coup. Il perd sa cotation, donc il n'est plus comparable aux autres risques. Il perd son signe d'alerte, donc plus personne ne sait quand agir. Et il perd sa place en comité, où ne remontent que les risques cotés.

Le symptôme est reconnaissable : une action ouverte depuis des mois, régulièrement reportée, que personne ne clôt parce qu'il ne s'est rien passé. Il ne s'est rien passé parce qu'il n'y avait rien à faire aujourd'hui. C'était un risque.

Une fiche de risque de Plannava, avec son énoncé en trois temps, sa stratégie proposée, son signe d'alerte et son plan de réponse.
Comptez ce qu'une ligne perd en partant dans un plan d'actions. La cotation, la stratégie, le signe d'alerte, le plan de réponse daté. Un plan d'actions ne porte aucun de ces quatre champs, et c'est pour cela qu'un risque rangé là-bas cesse d'être comparable aux autres.

Les trois cas qui font hésiter

Le risque devenu certain, mais pas encore visible. Vous savez que le variateur n'arrivera pas à temps : le fournisseur vous l'a dit, la date est acquise, mais le retard ne se voit pas encore dans le planning. Ce n'est plus un risque. L'incertitude a disparu, et sans incertitude il n'y a pas de risque. C'est un problème qui n'a pas encore produit ses effets. Il se traite maintenant, et le planning se met à jour aujourd'hui, pas le jour où la date sera dépassée.

Le problème survenu dont on ignore l'ampleur. La livraison est en retard, c'est un fait. De combien, personne ne le sait. La tentation est de garder une seule ligne floue. Il en faut deux. Le retard constaté est un problème. L'ampleur inconnue et ce qu'elle peut emporter derrière est un risque nouveau, avec sa cotation et son signe d'alerte. Séparer les deux permet de traiter l'un tout de suite et de surveiller l'autre.

Le problème qui se répète. L'incident s'est produit trois fois ce trimestre. Chaque occurrence est un problème et se traite comme tel. Le fait qu'il se reproduira est un risque, et il a ceci de confortable que sa cause est maintenant parfaitement connue. C'est le seul cas où l'on hérite d'un risque déjà documenté par les faits.

Les trois cas qui font hésiter entre risque et problèmeTrois lignes de temps. La première : la certitude arrive avant les effets, et c'est à ce moment que la ligne devient un problème. La deuxième : un retard constaté est un problème, et l'ampleur inconnue est un risque nouveau, donc deux lignes. La troisième : trois occurrences sont trois problèmes, et le fait qu'il se reproduira est un risque dont la cause est maintenant connue.Le risque devenu certain, mais pas encore visibleLe problème survenu dont on ignore l'ampleurLe problème qui se répètele fournisseur vous l'annonceles effets apparaissentc'est ICI que ça devient un problèmela livraison est en retardproblème : le retard constaté, il se traiterisque nouveau : ce que l'ampleur peut emportertrois problèmes, traités un par unrisque : il se reproduira, et sa cause est connue
Dans les trois lignes, le point bleu est le même : le moment où l'incertitude s'éteint. Ce qui change, c'est sa place. En haut il arrive avant les effets. Au milieu il ouvre deux lignes au lieu d'une. En bas il s'est déjà produit trois fois, et ce qui reste devant est un risque dont on connaît enfin la cause.

Ce qu'on fait de la ligne le jour de la bascule

Le moment est facile à manquer, parce qu'il ne s'accompagne d'aucune alarme. Quatre gestes, et ils tiennent en cinq minutes.

  • Clore le risque avec son motif réel, qui est « survenu », et avec la date. Ne le supprimez pas. Un risque clos parce qu'il est survenu est le seul retour d'expérience honnête qu'un projet produise.
  • Ouvrir le problème avec l'effet mesuré, et non avec l'effet qui était redouté. Ce sont rarement les mêmes, et l'écart entre les deux est instructif pour la suite.
  • Vérifier ce que la survenue déclenche. Un événement qui se produit fabrique presque toujours de nouveaux risques en aval. Ils méritent leurs lignes.
  • Regarder si le signe d'alerte a fonctionné. S'était-il déclenché ? L'a-t-on vu ? Y a-t-il eu assez d'avance ? C'est la seule occasion d'améliorer le dispositif, et elle passe vite.
Les quatre gestes du jour où un risque devient un problèmeQuatre étapes enchaînées : clore le risque avec le motif survenu et sa date, ouvrir le problème avec l'effet mesuré plutôt que l'effet redouté, chercher les risques que la survenue fabrique en aval, et relire le signe d'alerte pour savoir s'il s'était déclenché et si on l'a vu.1
Clore le risque
motif : survenu, avec la date
2
Ouvrir le problème
avec l'effet mesuré, pas l'effet redouté
3
Chercher ce qui naît
la survenue fabrique des risques en aval
4
Relire le signe d'alerte
s'était-il déclenché ? l'a-t-on vu ?
Le quatrième est celui qu'on saute. Les trois premiers rangent la ligne, et ils se font en cinq minutes. Le dernier demande si l'on avait vu venir, et c'est le seul qui améliore le dispositif pour la fois suivante.

Cette dernière question est la plus utile des quatre, et c'est celle qu'on saute. Elle demande de reconnaître qu'on avait vu venir et qu'on n'a pas agi, ce qui n'est agréable pour personne. Elle vaut pourtant tous les bilans de fin de projet, parce qu'elle se pose à chaud, sur un cas précis, pendant que tout le monde se souvient.

Dans Plannava, les risques clos sont l'une des cinq lectures du registre. Ils ne disparaissent pas de la vue, et leur motif de clôture reste attaché. Un projet qui garde ses risques survenus apprend. Un projet qui les efface recommence.

Ce que cet article ne traite pas

Cet article ne traite pas de la gestion du problème lui-même, qui relève du plan d'actions et du pilotage de projet. Il ne traite pas non plus de la notation du risque avant sa survenue, qui se lit dans coter un risque, ni de ce qui aurait permis de le voir venir, qui est le sujet du signe d'alerte.

Les risques clos gardent leur motif

Dans Plannava, les risques clos forment l'une des cinq lectures du registre. Un risque survenu reste consultable avec sa date et sa raison de clôture, à côté de la tendance et de l'évolution après revue.

Voir le registre en vidéo

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À lire ensuite.

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