Tenir un registre des risques qui serve à quelque chose
Comment tenir un registre qui serve à quelque chose, au lieu d'un fichier qu'on remplit avant le comité et qu'on ne rouvre jamais.
Presque tous les registres de risques ne contiennent que des menaces. Ce n'est pas que les projets n'aient pas de chance à saisir. C'est qu'une opportunité mal posée ressemble à une bonne idée, et qu'une bonne idée n'a pas de place dans un registre.
Ouvrez le registre des risques d'un projet au hasard. Vous y trouverez des retards fournisseurs, des dépassements, des départs, des non-conformités. Vous n'y trouverez presque jamais une seule ligne qui dise : il se peut que quelque chose tourne mieux que prévu. Pourtant, chaque chef de projet a vu un client avancer une commande, un essai passer du premier coup, un fournisseur proposer mieux. Ces événements-là n'ont pas d'adresse.
Votre registre ne contient que des menaces parce qu'une opportunité, telle qu'on l'écrit d'habitude, n'est pas gérable. « Gagner du temps sur les essais » est une intention. Elle n'a ni déclencheur, ni date de fin, ni personne pour l'accorder. Elle finit dans une liste d'idées, et la liste d'idées ne passe pas en comité.
Une opportunité se tient dans un registre à trois conditions. Elle dit qui l'accorde, et c'est rarement l'équipe. Elle dit quand elle se referme, parce qu'une opportunité est périssable. Et elle dit ce qu'elle rapporte, en euros ou en jours. Remplissez ces trois cases, et elle se gère exactement comme une menace, dans le même registre, sur la même échelle.
Ce qui suit est ce que nous avons dû trancher en donnant aux opportunités le même traitement qu'aux menaces dans Plannava, et en écrivant soixante-huit opportunités types pour notre catalogue.
La confusion la plus courante est aussi la plus coûteuse : on écrit comme une opportunité ce qui est en réalité une décision. « Regrouper deux revues de conception » n'est pas un événement incertain si l'équipe peut le décider demain matin. C'est une tâche. Elle va au planning, avec un responsable et une date, pas au registre.
Pour écrire notre catalogue, nous nous sommes donné une règle en quatre questions. Une entrée qui échoue à l'une d'elles n'est pas une opportunité.
La troisième question élimine beaucoup. « Améliorer l'image du projet auprès du client » ne se chiffre pas. « Le client affermit la tranche conditionnelle trois mois plus tôt » se chiffre : trois mois de charge assurée, des approvisionnements qui partent plus tôt. La première est une ambition, la seconde se cote.
La forme du scénario reste celle des menaces, en trois temps, avec un seul mot qui change. Une menace dit « parce que… il se peut que… ce qui entraînerait… ». Une opportunité dit « parce que… il se peut que… ce qui permettrait… ». La cause et l'événement incertain gardent leur place, et c'est ce qui empêche d'écrire une simple envie.
Une menace bien écrite porte un signe d'alerte : le fait observable qui dit qu'elle est en train de se produire. Quel est son équivalent quand l'événement est souhaité ? La réponse tient en trois champs, pas en un.
Le signe qui ouvre. C'est le déclencheur, écrit comme un fait qu'on peut constater, et qui ne dépend pas de nous. Si le déclencheur commence par une décision de l'équipe, on est retombé dans la tâche.
La fenêtre. C'est le champ que le risque n'a pas. Une menace, on la surveille. Une opportunité, on la rate. La fenêtre dit quand la porte se referme : avant le gel des exigences, tant que le lot n'est pas lancé, avant la commande de l'équipement. Sans elle, personne ne sait qu'il est en retard.
Qui l'accorde. Ce n'est presque jamais l'équipe du projet : c'est le client, un fournisseur, une autorité, un autre projet du portefeuille. Le nommer change tout le plan, parce que le plan devient la préparation d'une conversation avec cette personne.
Une tranche conditionnelle est affermie plus tôt que prévu. Parce que le client sécurise son budget annuel avant la fin de son exercice, il se peut que la tranche conditionnelle soit affermie avec plusieurs mois d'avance, ce qui permettrait d'assurer la charge, de garder l'équipe sans creux et de lancer plus tôt les approvisionnements longs.
Le signe qui ouvre : le client demande une réactualisation de prix sur la tranche conditionnelle. La fenêtre : la fin de l'exercice budgétaire du client, qui revient une fois par an. Qui l'accorde : le client, son contrôle de gestion autant que son chef de programme.
Le plan de saisie : connaître la date de fin d'exercice du client et préparer le dossier deux mois avant. Présenter ce que l'affermissement anticipé lui fait gagner à lui. Avoir les commandes à long délai prêtes à partir le jour de la signature.
Remarquez la deuxième action. Puisque c'est le client qui accorde, le plan consiste à lui rendre la décision facile, avec ses arguments à lui. Une opportunité dont le plan ne parle que de nous est une opportunité qu'on attend, pas qu'on saisit.
Une menace porte un coût et un retard s'il survient. Une opportunité porte, à la même place, un gain si elle se réalise, en euros, et une avance, en jours. Pondéré par sa probabilité actuelle, ce gain devient une espérance, exactement comme le coût d'une menace devient une exposition.
C'est ici qu'il faut une règle ferme, et nous l'avons écrite dans l'outil : on ne provisionne jamais sur une espérance. Le registre affiche trois sommes. « À couvrir » additionne les expositions des menaces ouvertes et ajournées, et c'est ce qu'il faut budgéter. « Espéré » additionne les gains attendus des opportunités, et cela ne se budgète pas. L'exposition nette fait la différence des deux, et elle n'est pas un résultat : les deux nombres ne sont pas de même nature.
La tentation est réelle. Un projet exposé à 268 000 € qui espère 20 000 € a envie de ne provisionner que la différence. Ce serait financer une perte probable avec un gain incertain, accordé par quelqu'un d'autre, dans une fenêtre qui peut se refermer. Les deux sommes se lisent côte à côte, jamais l'une à la place de l'autre.
Faut-il un second registre pour les opportunités ? Non. Un second registre est un registre qu'on n'ouvre pas. Dans Plannava, menaces et opportunités vivent dans la même grille, sur la même échelle de probabilité et d'impact, avec les mêmes niveaux. Un filtre les sépare quand on le veut : tout, les menaces, les opportunités. Les codes aussi : M pour une menace, O pour une opportunité.
Seuls les mots changent, et le sens de lecture s'inverse. Pour une menace, plus la cotation est haute, plus elle pèse. Pour une opportunité, plus elle est haute, mieux c'est, et les couleurs se lisent en miroir. La criticité devient l'attrait, de « marginal » à « décisif ». La cible aussi prend le sens : une menace doit redescendre au premier niveau, une opportunité doit en sortir.
| Une menace | Une opportunité | |
|---|---|---|
| Le scénario | parce que… il se peut que… ce qui entraînerait… | parce que… il se peut que… ce qui permettrait… |
| Le signe | le signe qui alerte | le signe qui ouvre |
| Le chiffre | le coût et le retard s'il survient | le gain et l'avance si elle se réalise |
| La cotation | criticité : plus haut, plus grave | attrait : plus haut, meilleur |
| La cible | redescendre au premier niveau | sortir du premier niveau |
| Les stratégies | éviter, réduire, transférer, accepter | exploiter, améliorer, partager, accepter |
| Le plan | le plan de réponse | le plan de saisie |
| La somme | à couvrir, se budgète | espéré, ne se budgète pas |
| Les fins | cible atteinte, survenu et traité, sans objet… | cible atteinte, réalisée et saisie, la fenêtre s'est refermée… |
Une règle traverse le miroir sans changer : une cotation ne s'améliore pas sans preuve. La résiduelle d'une menace ne baisse pas tant qu'aucune action n'est faite et vérifiée. L'attrait d'une opportunité ne monte pas davantage sans action faite et vérifiée. Une hausse sans action est une croyance, pas une mesure. C'est la même discipline, et elle est plus nécessaire encore du côté des bonnes nouvelles, où l'optimisme ne coûte rien sur le moment.
Les stratégies, enfin, ont leurs miroirs. On exploite une opportunité pour faire en sorte qu'elle se réalise. On l'améliore pour augmenter sa probabilité ou son gain. On la partage avec qui saura mieux la saisir, un partenaire ou un autre projet. Et on peut l'accepter, c'est-à-dire la laisser telle quelle. Comme pour une menace, accepter demande une phrase qui dit pourquoi. Les stratégies de réponse aux menaces ont leur propre article, et le raisonnement sur le coût de la réponse s'applique ici à l'identique.
Une menace qui ne survient pas finit par sortir du registre, cible atteinte ou sans objet. Une opportunité a une fin de plus, et c'est la plus souvent oubliée : la fenêtre s'est refermée.
Nous avons dû l'ajouter. Sans elle, une opportunité ratée se déguise en « sans objet », et l'équipe perd la seule leçon qui compte : nous l'avions vue, et nous n'avons pas été prêts à temps. Un comité qui relit ses opportunités closes sur ce motif apprend quelque chose de précis sur ses délais de décision. Un comité qui les a effacées n'apprend rien.
À l'inverse, une opportunité qui se réalise est close « réalisée et saisie ». L'équipe peut alors comparer ce qu'elle a gagné à ce qu'elle espérait, et c'est la meilleure école de chiffrage qui soit : personne ne conteste un gain qu'il a encaissé.
Un registre équilibré, autant d'opportunités que de menaces, est suspect. Notre catalogue compte cent quarante-quatre menaces et soixante-huit opportunités, et la répartition par thème est très inégale. L'approvisionnement et la sous-traitance en portent neuf, parce qu'un fournisseur peut livrer plus tôt, proposer mieux, regrouper. La sûreté, la sécurité et l'environnement n'en portent qu'une seule.
C'est la ligne dont nous sommes le plus sûrs. La sécurité est asymétrique : ses événements incertains sont des pertes. Fabriquer des opportunités dans ce domaine pour remplir une colonne serait mentir. Un catalogue qui aurait autant d'entrées des deux côtés prouverait seulement qu'il a été construit au miroir, pas observé.
Le bon objectif n'est donc pas la symétrie. C'est qu'un registre de quinze menaces porte deux ou trois opportunités réelles, chacune avec son « qui l'accorde » et sa fenêtre. Zéro, c'est un angle mort. Quinze, c'est une liste d'envies.
Il suffit d'une question, posée à chaque revue des risques, juste après les menaces : qu'est-ce qui pourrait nous arriver de bon dans les trois prochains mois, et qui le déciderait ?
Les réponses viennent presque toujours des mêmes endroits. Le client, qui peut avancer une commande, affermir une tranche, accepter une recette anticipée. Les fournisseurs, qui peuvent livrer plus tôt ou proposer une pièce déjà qualifiée. Les autres projets du portefeuille, qui peuvent partager un moyen d'essai ou une compétence. Pour chaque réponse, écrivez la fenêtre avant toute autre chose. Si vous ne trouvez pas de date de fermeture, ce n'est pas encore une opportunité.
Puis traitez-la comme une menace : un porteur nommé, une cotation, une cible, un plan avec des actions vérifiables. Le reste suit la même discipline que tout registre des risques qui sert à quelque chose.
Une opportunité, ce n'est pas simplement un risque positif ? Si, et c'est bien le problème du mot. « Risque positif » laisse croire qu'il suffit d'inverser le signe. Il faut en réalité deux champs de plus, la fenêtre et qui l'accorde, et une règle de plus : ne jamais budgéter le gain.
Peut-on compenser une menace par une opportunité ? Dans la lecture, oui : l'exposition nette montre l'ordre de grandeur. Dans le budget, non. La provision couvre les menaces, et elle garde sa ligne propre.
Qui doit porter une opportunité ? Celui qui a la relation avec qui l'accorde. Si c'est le client qui décide, c'est souvent le chef de projet ou le responsable commercial. Un porteur qui n'a pas accès à la personne qui accorde ne peut rien saisir.
Que faire d'une opportunité qui revient chaque année ? La clore quand sa fenêtre se referme, avec le bon motif, et en écrire une nouvelle l'année suivante. Une fenêtre qui revient est une nouvelle chance, pas la même qui traîne.
Il ne revient pas sur la cotation, qui se lit dans coter un risque et vaut des deux côtés du miroir. Il ne traite pas non plus de la manière de trouver des fiches types sans en lire deux cents, qui est le sujet du catalogue de risques.
Le même registre que les menaces, la même échelle lue en miroir, un gain et une avance chiffrés, une espérance qui ne se mêle jamais à la provision, et une fin à part entière quand la fenêtre se referme. Soixante-huit opportunités types au catalogue, chacune avec sa fenêtre et qui l'accorde.
Le voir sur vos projetsL'équipe Plannava. Nous écrivons ce que construire Plannava nous a appris. Une question, une objection, une erreur repérée dans ce texte : écrivez-nous, et nous corrigeons.
Comment tenir un registre qui serve à quelque chose, au lieu d'un fichier qu'on remplit avant le comité et qu'on ne rouvre jamais.
Comment savoir qu'un risque est en train de se produire, avant qu'il soit devenu un problème.
Le risque est écrit et coté. Maintenant, qu'est-ce qu'on en fait, et à quel prix.
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