Un planning qui se recalcule, pas un dessin
Comment construire un planning qui se recalcule, au lieu d'un dessin qu'on refait le vendredi soir.
La plupart des plannings n'utilisent qu'un des quatre liens possibles, celui que l'outil pose par défaut. C'est ce qui les rend plus longs que les chantiers qu'ils décrivent.
La plupart des plannings n'utilisent qu'un seul des quatre liens possibles. Pas par choix : parce que c'est celui que l'outil pose quand on relie deux barres, et qu'on n'a jamais eu l'occasion de se demander si les trois autres servaient à quelque chose.
Ils servent. Un planning qui n'emploie que le lien par défaut est mécaniquement plus long que le chantier qu'il décrit, parce qu'il fait attendre des travaux qui pourraient se chevaucher. Voici les quatre, avec un cas qui arrive vraiment pour chacun.
Le vocabulaire varie d'un outil à l'autre, les initiales aussi. Le sens, lui, est le même partout, et il est normalisé depuis longtemps. Voici les définitions telles que la documentation de Microsoft Project les donne.
| Le lien | Ce qu'il dit |
|---|---|
| Fin à début FD |
B ne peut pas commencer tant que A n'est pas terminée. |
| Début à début DD |
B ne peut pas commencer tant que A n'a pas commencé. |
| Fin à fin FF |
B ne peut pas être terminée tant que A n'est pas terminée. |
| Début à fin DF |
B ne peut pas être terminée tant que A n'a pas commencé. |
La source. Documentation Microsoft, consultée le 23 septembre 2026. Elle précise également que lier deux tâches crée par défaut un lien de fin à début. Lier les tâches dans un projet, Microsoft Support.
Une remarque de lecture qui évite bien des confusions. La première lettre parle de A, la seconde parle de B. Fin à début : la fin de A commande le début de B. Début à fin : le début de A commande la fin de B. Une fois qu'on tient cette clé, les quatre se retrouvent sans les apprendre.
C'est le lien de la vraie antériorité physique. On coule la dalle, elle durcit, on décoffre. On ne peut pas décoffrer une dalle à moitié coulée, et aucun arrangement d'équipe n'y changera rien.
Le problème n'est pas le lien, il est excellent. Le problème est qu'il est posé partout par défaut, y compris là où l'antériorité n'est pas physique mais seulement habituelle.
L'exemple typique : rédiger le cahier des charges, puis consulter les fournisseurs. Posé en fin à début, cela ajoute au planning toute la durée de rédaction avant le premier appel. Or la consultation peut démarrer dès que les exigences principales sont stabilisées, c'est-à-dire bien avant le point final. La réalité est un chevauchement, et le fin à début ne sait pas dire un chevauchement.
Le test est simple. Demandez-vous si B a besoin de toute A, ou seulement de son début. Si c'est le début, changez de lien.
Début à début dit que deux travaux avancent en parallèle, le second calé sur le démarrage du premier. C'est le lien des chantiers qui progressent par zones, et c'est celui qui manque le plus souvent.
Pose des chemins de câbles, quinze jours. Tirage des câbles, douze jours.
Le tirage ne peut pas commencer le premier jour, il n'y a encore rien où poser les câbles. Mais il n'a aucune raison d'attendre la fin de la pose : trois jours après le démarrage, il y a de quoi travailler, et les deux équipes se suivent zone par zone.
Le lien juste est début à début, décalage de trois jours. Le chantier dure quinze jours au lieu de vingt-sept.
Douze jours gagnés sur une seule paire de tâches, sans rien changer au travail réel. Il n'y a aucune optimisation dans cette opération. Il y a seulement un planning qui dit enfin ce qui se passe sur le terrain.
Fin à fin dit que B ne peut pas se terminer avant A. C'est le lien des travaux d'accompagnement : ceux qui n'ont de sens que tant que la chose qu'ils accompagnent continue.
La documentation d'un développement en est l'exemple parfait. Elle peut commencer tôt et elle avance en parallèle, mais elle ne peut pas être déclarée finie avant que le développement le soit, sinon elle documente autre chose que ce qui a été livré. De même pour l'assistance au démarrage, qui doit couvrir la montée en charge jusqu'à son terme, ou pour la recette qui ne se clôt pas avant la dernière correction.
Fin à fin a un effet secondaire qui surprend la première fois. Si A s'allonge, B est poussée par la fin, et donc son début recule ou sa durée s'étire, selon ce que fait votre outil. C'est logique, et c'est exactement ce qu'on veut : une tâche d'accompagnement suit ce qu'elle accompagne.
Début à fin dit que B ne peut pas se terminer tant que A n'a pas commencé. C'est le seul des quatre qui se lise à l'envers, et c'est pourquoi il a mauvaise réputation. Il existe pourtant un cas où il est le seul lien correct : la bascule.
A, démarrage du nouveau système. B, exploitation de l'ancien système.
L'ancien ne peut pas être arrêté tant que le nouveau n'a pas démarré. Si le démarrage glisse, l'exploitation de l'ancien doit se prolonger d'autant, automatiquement.
Le lien est début à fin. C'est la seule façon de faire en sorte que le planning prolonge tout seul la période de recouvrement quand la mise en service décale.
Toutes les bascules ont cette forme : ancien automate et nouvel automate, ancienne chaudière et nouvelle chaudière, ancien logiciel de paie et nouveau. Chaque fois qu'il y a un recouvrement obligatoire entre le sortant et l'entrant, c'est un début à fin.
En dehors de ce cas et de la planification à rebours depuis une date imposée, si vous vous trouvez en train de poser un début à fin, relisez votre phrase. Neuf fois sur dix, il s'agit d'un fin à début posé dans le mauvais sens.
Un décalage ajoute du temps à un lien. Positif, il attend. Négatif, il avance.
Le décalage positif sert à attendre sans travailler. Séchage d'une chape, durcissement d'un béton, délai légal de recours, période d'observation après une mise en service. Vingt et un jours de séchage entre le coulage et la pose du revêtement s'écrivent fin à début plus vingt et un jours.
Une règle qui évite beaucoup d'ennuis : si quelqu'un travaille pendant le décalage, ce n'est pas un décalage, c'est une tâche. Un décalage ne consomme pas de ressource, ne se suit pas, et n'apparaît dans aucun rapport de charge. Ce qui se cache dedans disparaît du pilotage.
Vérifiez aussi l'unité. Un séchage de vingt et un jours est en jours calendaires, pas en jours ouvrés. Selon la façon dont votre outil compte les décalages, l'écart est d'environ une semaine, et il est silencieux.
3FD+4j. La tâche 3 en prédécesseur, un lien fin à début, quatre jours de décalage. Tout ce que cet article décrit tient dans cette notation, et elle se saisit dans la cellule.Le décalage négatif crée un chevauchement. Fin à début moins cinq jours veut dire que B peut commencer cinq jours avant la fin de A. C'est utile, et c'est souvent le symptôme d'un début à début mal exprimé.
Voici comment trancher entre les deux, et c'est un point qui ne se voit qu'au moment où une durée change.
Les deux donnent souvent le même dessin aujourd'hui. Ils donnent des dessins très différents le jour où la durée de A double, et c'est ce jour-là qu'on aurait aimé avoir choisi le bon.
Elle ne concerne aucun des quatre liens en particulier. Elle consiste à poser un lien pour obtenir une date.
On veut qu'une tâche commence le 12. On cherche une tâche qui finit le 11, on tire une flèche, la date tombe juste, on passe à la suite. Le planning est beau.
Trois mois plus tard, la tâche amont glisse de deux semaines. La tâche aval glisse aussi, alors qu'elle n'avait aucune raison de le faire, et personne ne comprend pourquoi. Le lien n'exprimait pas une logique, il exprimait un souhait, et le moteur applique les liens sans savoir lequel est lequel.
Un lien répond à la question « qu'est-ce qui doit être vrai pour que ceci puisse commencer ». Il ne répond jamais à la question « quand est-ce que je veux que ceci commence ». Pour cette seconde question, il existe deux outils honnêtes : une contrainte, quand la date vient de l'extérieur du projet, et un jalon avec son échéance, quand c'est un objectif. Les deux ont le mérite de se voir.
Une variante plus discrète de la même faute : lier des tâches récapitulatives entre elles. La flèche paraît propre au niveau du lot, elle est fausse au niveau du travail, et elle empêche tout chevauchement entre les tâches des deux lots. Liez le travail, pas les dossiers.
Il faut enfin dire qu'un lien mal posé ne reste pas une erreur de planning. Il produit une date fausse, donc un engagement pris sur une date fausse, ce qui est la définition d'un risque que personne n'a écrit. C'est l'une des raisons pour lesquelles il vaut la peine de coter proprement les risques d'un projet : une partie d'entre eux est fabriquée par le plan lui-même.
Elles se posent en dix secondes et elles donnent le lien juste sans qu'on ait à se rappeler les initiales.
1. Si A glisse d'une semaine, B doit-elle glisser aussi ? Si la réponse est non, il n'y a pas de lien. Rangez la flèche.
2. Ce qui commande, est-ce le début de A ou sa fin ? Vous tenez la première lettre.
3. Ce qui est commandé, est-ce le début de B ou sa fin ? Vous tenez la seconde.
Dans Plannava, les quatre types se posent d'un geste sur le Gantt, avec leurs décalages, et le plan aval se replace pendant que vous relâchez la souris. C'est le genre de détail qui décide si une équipe utilise les quatre liens ou seulement celui par défaut : quand poser le bon lien coûte le même geste que poser le mauvais, on pose le bon.
Cet article ne traite pas des contraintes de date, qui répondent à une autre question et qui sont abordées dans le pilier sur la planification prédictive. Il ne traite pas non plus de l'effet des liens sur la chaîne qui commande la date de fin, ce qui est le sujet du chemin critique, ni du nivellement des ressources, qui peut déplacer des tâches pour de tout autres raisons.
Sur le Gantt de Plannava, vous reliez deux tâches d'un geste et la dépendance est posée, avec son type et son décalage. Le plan aval se replace immédiatement, et le chemin critique se relit d'un clic.
Voir l'approche prédictiveL'équipe Plannava. Nous écrivons ce que construire Plannava nous a appris. Une question, une objection, une erreur repérée dans ce texte : écrivez-nous, et nous corrigeons.
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